Alors que nos esprits de citoyens seront obnubilés par l’élection présidentielle et les législatives, 2027 sera aussi l’année de la remise en jeu de notre représentativité syndicale via les élections aux URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) et l’enquête de représentativité de l’IGAS.

Trop souvent négligées, car considérées comme secondaires, les élections URPS jouent pourtant un rôle décisif dans l’organisation des soins au niveau régional et dans le rapport de force conventionnel au niveau national.

Les modalités du futur scrutin, et donc de mesure de la représentativité syndicale, sont en cours de réforme et risquent de modifier les rapports de force. Parallèlement, l’IGAS mènera une enquête de représentativité au cœur des différents syndicats afin de dresser le panorama des forces en présence.

Disons-le simplement : En 2027 si les urologues, et les chirurgiens d’une manière générale, ne s’intéressent pas aux URPS, d’autres parleront à leur place au niveau régional et au niveau national. 

 

C’est quoi les URPS ?

Les URPS, ont été créées par la loi HPST du 21 juillet 2009. Elles rassemblent, dans chaque région, les représentants des professionnels de santé libéraux exerçant dans le cadre conventionnel. Leur vocation est d’être l’interlocuteur représentatif des libéraux auprès des Agences régionales de santé.

Trop souvent, les URPS restent perçues comme une structure lointaine, technocratique, ou réservée à quelques initiés.

C’est une erreur !

Les URPS participent à l’organisation de l’offre de santé à l’échelle régionale. Elles interviennent notamment dans la préparation et la mise en œuvre du projet régional de santé, l’analyse des besoins de santé et de l’offre de soins (accès aux soins), l’organisation de l’exercice professionnel au niveau du territoire, la coordination ville-hôpital-clinique, la permanence et la continuité des soins, les nouveaux modes d’exercice, la prévention, la gestion de crise sanitaire, le numérique en santé et le développement professionnel continu.

Autrement dit, les URPS ne décident pas de tout, mais elles sont présentes dans l’écosystème où se discutent de nombreux sujets qui conditionnent notre exercice quotidien et qui n’ont rien d’abstraits pour nous urologues. Elles sont le seul moyen d’expression des libéraux dans ces discussions pour défendre un exercice libéral exigeant, technique et organisé autour des plateaux techniques lourds.

L’urologie est une spécialité structurée, engagée, technique, au carrefour de la médecine spécialisée, de la chirurgie, de la cancérologie, de l’urgence, de la prise en charge du vieillissement, de l’innovation et de l’organisation des parcours de soins. Nous ne pouvons pas accepter que cette réalité soit insuffisamment représentée dans les espaces où se construisent les équilibres régionaux.

Les URPS sont l’un de ces espaces. Elles ne remplacent ni les syndicats nationaux, ni les sociétés savantes, ni les conseils professionnels. Mais elles constituent un relais régional indispensable, au plus près des territoires, là où se discutent les priorités de santé, les organisations de soins et les relations avec les ARS.

 

Comment devient-on un syndicat « représentatif »  c’est-à-dire qui participe aux négociations conventionnelles ?

Actuellement, le SNCUF adhère à l’UCDF, et l’UCDF fait partie du Syndicat « Le Bloc » avec les anesthésistes et les gynéco-obstétriciens. Ensembles, ils sont reconnus comme syndicat représentatif, c’est-à-dire qu’il siège aux négociations de la convention avec la CNAM et sont invités aux tables des négociations avec le ministère.

La représentativité ne se décrète pas. Elle se construit et se mesure. Elle dépend de vos adhésions aux syndicats et de vos votes aux élections URPS.

Très concrètement, deux éléments seront pris en compte pour apprécier la représentativité syndicale en 2027: les résultats des élections URPS (par étiquette syndicale après la réforme, cf infra) et l’enquête de représentativité 2027 diligentée auprès de l’IGAS.   Cela signifie que les inspecteurs de l’IGAS dresseront le panorama des adhésions aux différents syndicats pour le collège des médecins généralistes et celui des médecins spécialistes. Cette enquête permettra de savoir quel syndicat est le plus représentatif des différentes spécialités. Ainsi un syndicat peut perdre son siège au négociations conventionnelles s’il n’a pas assez d’adhérents ou s’il compte moins d’adhérent qu’un autre… De plus un syndicat pluriprofessionnel peut n’avoir qu’un siège au collège des médecins généralistes car il ne compte pas assez de spécialistes…

Deux points essentiels à retenir : l’enquête prendra en compte les adhésions 2026 et il parait essentiel pour les chirurgiens, qui représentent environ 10% du corpus médical en France, de ne pas se faire diluer et de renforcer les syndicats de leur spécialité et l’union LE BLOC qui regroupe les spécialités du bloc opératoire (UCDF + AAL + SYNGOF)

S’il y a une année où il faut adhérer c’est 2026 pour préparer 2027 !

 

Pourquoi adhérer aux deux syndicats SNCUF et l’UCDF : deux engagements complémentaires

Dans notre spécialité, le SNCUF joue un rôle essentiel. Il représente l’urologie, défend les intérêts professionnels de ses membres, porte la voix spécifique des urologues auprès des autorités et contribue à la promotion professionnelle de notre discipline tout cela en coordination avec le CNPU et l’AFU.

Cet engagement est indispensable. Mais il ne suffit pas toujours dans le champ de la représentativité syndicale transversale des spécialistes libéraux où les 1600 urologues français sont rapidement noyés.

C’est là que l’UCDF (Union des Chirurgiens de France) prend toute sa place. L’UCDF est le seul syndicat qui à représenter l’ensemble des spécialités chirurgicales, à défendre les intérêts professionnels, économiques, éthiques, moraux et matériels des chirurgiens, et à porter la voix de la chirurgie dans les rapports avec les pouvoirs publics. Au sein de l’UCDF chaque syndicat représentatif de spécialité dispose d’un siège au CA.  En l’espèce pour notre spécialité nous avons la chance de retrouver notre président le Dr Didier Legeais.

La chirurgie comporte des spécificités que personne ne défendra correctement à notre place.

Il ne faut donc pas opposer SNCUF et UCDF. Ce serait une erreur stratégique…

Pour un urologue, adhérer au SNCUF, c’est défendre sa spécialité. Adhérer à l’UCDF, c’est défendre le bloc opératoire et donner du poids à notre spécialité dans les instances représentatives des spécialistes libéraux. Cette double appartenance est cohérente et nécessaire.

 

URPS 2027 : un scrutin à ENJEU particulier

Lors des élections URPS de 2021, le taux de participation des médecins spécialistes, n’était que de 21,60 %. Ce chiffre doit nous alerter car il traduit une forme de désintérêt, parfois de lassitude. Mais il a surtout une conséquence très concrète : moins nous votons, moins notre représentation est forte.

L’abstention n’est jamais neutre. Dans une élection professionnelle, elle ne signifie pas que les enjeux disparaissent. Elle signifie simplement que ceux qui votent, ceux qui se mobilisent, ceux qui s’organisent, pèseront davantage. Ceux qui se taisent n’auront que leurs regrets à caresser.

Les mandats actuels des membres des URPS, qui arrivaient à échéance en 2026, ont été prorogés jusqu’au 31 octobre 2027. Le décret du 30 avril 2026 précise que ce report doit permettre l’aboutissement d’une réforme des modalités de détermination de la représentativité syndicale des professionnels de santé.

Cette réforme est importante, car le système actuel entretient une certaine ambiguïté. Jusqu’à présent, les élections URPS servaient à la fois à désigner des représentants régionaux et à mesurer l’audience nationale des organisations syndicales pour les négociations conventionnelles.

Ainsi, lors du scrutin de 2021 le groupe Avenir Spé – LE BLOC a obtenu le score de 39,30 % chez les médecins spécialistes le plaçant comme le premier groupe syndical et assurant une voix forte pour les négociations conventionnelles.

Cependant, beaucoup de médecins ne savent plus exactement pour quoi ils votent : pour une équipe régionale, pour une orientation syndicale, pour une représentativité nationale, ou pour tout cela à la fois.

La proposition de loi en cours vise précisément à clarifier cette situation. En l’état du texte adopté par le Sénat le 1er juin 2026, une élection serait organisée pour mesurer l’audience des organisations syndicales auprès des professionnels de santé libéraux conventionnés. Les médecins resteraient répartis en deux collèges : médecins généralistes d’un côté, médecins spécialistes de l’autre. Les représentants au sein des URPS seraient ensuite désignés par les organisations syndicales en fonction de leur audience, mesurée à l’échelon régional.

Bien qu’il faille rester prudent (le texte a été adopté par le Sénat en première lecture et transmis à l’Assemblée nationale et il nous faudra connaitre le texte définitif) il apparait clairement que cette élection régionale sera un scrutin de représentativité avec un fort enjeu NATIONAL. Il dira quelles organisations syndicales pèsent réellement. Il dira aussi quelle place les spécialistes, et parmi eux les chirurgiens, veulent occuper dans le paysage conventionnel et territorial.

Alors ne laissons pas les autres parler pour nous. Votons aux élections URPS de 2027 !

 

Ne pas subir : voter, s’engager, adhérer

La période qui s’ouvre jusqu’en 2027 doit être mise à profit. Elle doit permettre d’expliquer le rôle des URPS, de mobiliser les confrères, de renforcer les équipes régionales et de préparer le scrutin.

Pour les urologues, il ne s’agit pas seulement de voter le moment venu, mais d’un double enjeu.

Il s’agit de faire vivre une culture de représentation professionnelle et de ne pas abandonner le terrain régional. Il s’agit de rappeler que l’organisation des soins ne se construit pas uniquement dans les ministères ou les caisses, mais aussi dans les territoires, avec les ARS, les URPS, les syndicats et les professionnels de terrain. Il est donc essentiel que, dans chaque région, des urologues se positionnent pour participer aux élections URPS 2027, qu’ils mobilisent, motivent et recrutent des confères anesthésistes et gynéco-obstétriciens pour travailler de concert

Il s’agit ensuite de renforcer l’UCDF. Beaucoup d’urologues sont déjà membres du SNCUF. Mais trop peu mesurent encore l’importance d’une adhésion complémentaire à l’UCDF. Or, sans chirurgiens adhérents en 2026, sans urologues engagés, sans mobilisation dans les instances transversales, notre poids collectif diminuera.

Les urologues ne doivent pas être spectateurs. Ils doivent comprendre, voter, s’engager et renforcer les organisations capables de porter leur voix.

Parce que la représentation professionnelle n’est jamais acquise.

Parce que l’organisation régionale des soins nous concerne directement.

Et parce qu’en matière syndicale comme dans nos blocs opératoires, l’absence n’a jamais été une stratégie.

 

Documents de référence

  1. Pour comprendre les URPS (Synthèse ARS Nouvelle-Aquitaine) et leur rôle d’interlocuteur représentatif des libéraux auprès de l’ARS. (ARS Nouvelle-Aquitaine)
  2. Rapport Sénat 2026 :  Proposition de loi concernant la représentativité au sein des unions régionales des professionnels de santé. Mai 2026  (Sénat)
  3. Texte adopté par le Sénat le 1er juin 2026, TA n°124
    création d’une élection destinée à mesurer l’audience des organisations syndicales, par profession ; (Sénat)
  4. Page UCDF – adhésion https://www.ucdf.fr/
  5. Page SNCUF – adhésion https://www.sncuf.fr/

 

GLOSSAIRE :

URPS : Union Régionale des Professionels de Santé

SNCUF :Syndicat National des Chirurgiens Urologues Français

UCDF : Union des Chirurgiens De France

CNPU : Conseil National Professionnel d’Urologie

IGAS : Inspection Générale des Affaires Sociales